Atelier Tenkan

Tenkan

Un mouvement de tout le corps qui permet de se déplacer dans les attaques. Ce n'est pas une image : c'est la façon dont je conduis un projet de travaux.


Commençons par compter

Combien de pièces sont concernées par vos travaux ?

Comptez large. Une entrée est une pièce. Un WC est une pièce. Un couloir, un palier, un cellier, un placard traversant, une salle de réunion, une terrasse : chacun compte pour un. Et une pièce que les travaux ne doivent pas toucher compte aussi — il faudra la protéger et la surveiller pendant toute la durée du chantier.

Entrée, WC, couloir, palier, cellier, chambre, salle de réunion, vestiaire, sacristie, gymnase, laboratoire, salle d'attente, borne d'accueil…
On les oublie systématiquement. Ajoutez la toiture et les clôtures si elles sont touchées.
30 600
informations à figer
61 200
arbitrages, au bas mot
1 200
liens humains à tenir vivants

Calcul : 17 informations × 15 gestes d'artisan × 12 postes de travaux × 10 localisations.

Un mot d'honnêteté

Ces chiffres ne sont pas là pour vous faire peur.

Ils sont la réalité, et je peux vous montrer d'où ils viennent.

Dix-sept

C'est le nombre d'informations que réclame un seul geste d'artisan pour exister vraiment : la quantité et son unité, le lot technique, le fournisseur, la localisation, qui livre, qui achète, qui pose, le montant de la fourniture, le montant de la pose, le taux de TVA sur l'une et sur l'autre… et le reste. Aucune n'est facultative : qu'il en manque une et le geste ne peut être ni commandé, ni livré, ni posé, ni facturé correctement. Dix-sept n'est pas un chiffre posé pour impressionner : c'est le plus petit auquel des années de modélisation de chantiers réels ont permis d'aboutir.

Puis multipliez par deux

Chacune de ces informations n'existe que parce qu'une discussion l'a tranchée. Et s'il y a eu discussion, c'est qu'il existait au moins deux réponses possibles — sinon il n'y aurait rien eu à décider. D'où les arbitrages. Comptez ensuite les phrases nécessaires pour trancher chacun d'eux, et vous arrivez à plusieurs centaines de milliers de phrases échangées entre vous et moi.

Et rien de tout cela ne dort dans un tableur

Derrière chaque poste de travaux se tiennent une dizaine de personnes physiques : un fournisseur, un poseur, un livreur, un coordinateur, un voisin, un bureau de contrôle. Ces liens sont en interdépendance permanente. Vous déplacez une prise : l'électricien, le plaquiste, le carreleur, le cuisiniste et le planning sont concernés. Vous changez d'avis sur un revêtement : la machine entière se relance. Ce n'est pas de la rigidité de ma part — dans le bâtiment, tout tient à tout.

Si ce calcul vous a donné une forme de vertige, vous êtes sur la bonne voie. C'est exactement ce qu'il fallait ressentir. Neuf clients sur dix refusent de voir cette réalité en face, et elle finit toujours par les rattraper.

Et le nom, dans tout ça

Tenkan.

Je pratique l'Aïkido. Le tenkan y est un déplacement de tout le corps : face à une attaque, plutôt que de la bloquer ou de riposter, on commence par se mettre en sécurité — on se retire de la ligne. Et une fois hors d'atteinte, seulement alors, on récupère l'attaque et on l'envoie là où on a envie qu'elle parte.

Ce qui paraît martial au premier abord est en réalité l'inverse d'un affrontement. Rien n'est cassé, personne n'est détruit. L'énergie de celui qui vient n'est pas niée : elle est accompagnée, puis conduite ailleurs. C'est ce qui rend l'Aïkido intéressant, et c'est ce que j'ai fini par reconnaître dans mon métier.

Ce que ça veut dire sur votre chantier

Un projet de travaux n'est pas une ligne droite. C'est une série d'attaques — au sens strictement technique du terme, sans agressivité de la part de qui que ce soit. On ouvre un mur et l'on découvre ce que personne ne pouvait deviner. Un artisan vous jure que sa méthode est la seule bonne. Un proche vous glisse une petite phrase au dîner. L'administration ne répond pas. Un devis arrive du double.

Aucun de ces événements n'était au programme, et tous arriveront. Y répondre en force, à chaud, dans l'ordre où ils se présentent, c'est se fracasser. Le mouvement juste est le même que sur le tatami : se mettre à l'abri d'abord, comprendre ensuite, puis rediriger l'énergie vers un endroit où elle sert le projet.

C'est pour cela que je demande à mes clients de rester mobiles. Pas dociles : mobiles. Celui qui s'arc-boute sur ce qu'il avait décidé six mois plus tôt prend chaque imprévu de plein fouet. Celui qui accepte de pivoter traverse la même série d'événements sans jamais être touché.

Et remarquez ce que cette page est en train de vous faire. Elle vous a envoyé une attaque — le vertige des nombres — et elle ne va pas vous y laisser : ce qui suit en est la sortie. C'est exactement le mouvement dont elle porte le nom.

Adrien Soviche en pratique d'Aïkido, sur le tatami
Adrien Soviche sur le tatami.
Cinq années de pratique, 1er kyu, au club d'Aïkido de Gacé.

Les solutions

Tout cela se porte. Le Manuel du référent explique comment.

Cette page vous a donné les nombres. Elle ne vous donne pas la méthode : elle n'en a pas la place. Trente-six pages y répondent, une inquiétude après l'autre. Comment un projet se tient malgré cette densité. Pourquoi il faut une personne unique de votre côté — le Référent — et ce que ce rôle exige réellement. Comment reconnaître ceux qui agitent la surface, et pourquoi votre entourage est souvent le premier danger. Pourquoi ralentir fait gagner du temps. Et comment traverser tout cela sans y laisser sa santé.

Le manuel ne minimise rien de ce que vous venez de lire. Il donne les moyens de le porter.

Comment se le procurer

Il n'est pas en téléchargement, et ce n'est pas une coquetterie. C'est un ouvrage qui demande d'être lu en entier, dans l'ordre, stylo en main : un PDF ouvert entre deux mails ne produit pas cet effet-là. Je l'imprime et je le remets en main propre, lors d'une visite sur place.

Il est appelé à devenir un vrai livre, avec son ISBN — que je pourrai alors offrir, ou que vous pourrez vous procurer avant même de me rencontrer. Ce serait, très sincèrement, le chemin idéal : arriver à notre premier rendez-vous en l'ayant déjà lu.

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